Interview d'Anaïs Emery, directrice artistique du NIFFF

Quel sentiment prédomine avant l’ouverture du Festival ?

Le stress. Dans la programmation, nous sommes sous pression jusqu’à la conférence de presse car nous bouclons notre programme tard. Une heure avant de prendre le micro, les derniers doutes sont levés. Cela tient à la programmation des autres festivals et nous ne pouvons pas procéder autrement. Après la conférence, nous organisons les activités de nos 130-140 invités. L’équation est complexe entre les impondérables de leur calendrier, l’organisation de leur conférence ou leurs rencontres avec les médias. Et cette pression durera jusqu’à la soirée d’ouverture de vendredi.

Comment s’organise votre travail sur l’année ?

En automne nous nous concentrons sur la recherche de fonds, l’écriture de rapports concernant la programmation de l’édition précédente et nous mettons également en place les programmes spéciaux comme les rétrospectives. Nous établissons les premiers contacts avec les stars du prochain festival et travaillons déjà sur les thèmes transversaux qui seront traités dans le cadre du NIFFF Extended.

Jusqu’à la fin de l’année ?

Oui et dès janvier nous commençons à choisir les films de la sélection officielle. Nous visionnons près de 600 films. Cette tâche est répartie entre notre équipe du bureau, notre commission de sélection et les différents correspondants - en Italie, aux États-Unis et au Japon – qui nous signalent l’existence de petites pépites que nous ne pouvons pas trouver au cours de nos voyages professionnels.

Où vous rendez-vous pour trouver des films ?

Nous parcourons le marché de Los Angeles, de Berlin et cette année nous nous sommes rendus à Hong Kong. Nous nous rendons sur beaucoup d’événements dédiés au cinéma asiatique et fantastique.

Est-ce devenu compliqué de dénicher une pépite ?

Nous les trouvons toujours car nous sommes aguerris et formés à cette recherche. Avec les années, nous avons les outils pour ne pas passer à côté de la relève du cinéma suisse et internationale. C’est notre ADN et notre compétence de festival. En revanche, il est difficile d’avoir des films commerciaux. D’une part il existe une concurrence des autres festivals et d’autre part les studios craignent le piratage. Les discussions sont ardues. Mais notre public ne vient pas au NIFFF pour voir ce genre de film.

C’est la 17ème édition. Êtes-vous fière du parcours du Festival ?

Nous recherchons la performance. Nous sommes satisfaits de l’évolution mais il y a encore des choses à accomplir. Maintenir le standard de qualité dans un environnement si concurrentiel est déjà un défi en soi. Nous désirons toujours développer des initiatives qui nous mettent en réseau avec les milieux créatifs suisses. Nous devons également nous montrer inventifs dans le domaine de la communication, digitale notamment, en diffusant des contenus autoproduits.

Quel argument fait venir une star du cinéma au NIFFF ?

Le prestige du festival est un élément clef et cette notoriété provient de la pureté de notre ligne éditoriale. Nous avons un discours sur le fantastique et nos rétrospectives sont de grande qualité. Le NIFFF possède une plus-value intellectuelle et cela se sait. Il est également nécessaire de posséder un réseau pour accéder à la star en question, bien évidemment.

Quel est votre public cible ?

Notre public a principalement entre 18 et 35 ans. 35% des spectateurs provient de Suisse allemande. Nous avons des passionnés et des curieux. Nous voulons d’ailleurs nous adresser à ces deux publics et également aux enfants. Nous organisons des projections scolaires pour les classes primaires et secondaires. Il est important de maintenir un intérêt pour la culture cinématographique auprès des plus jeunes. Nous devons leur amener cette réflexion sur le statut de l’image et de la fiction. C’est une de nos missions.